Situation des Personnes Déplacées Internes dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince: Rapport de monitoring – Novembre 2025
Introduction
Depuis l’intensification des violences armées dans plusieurs communes de la zone métropolitaine, des milliers de familles continuent de vivre dans des conditions précaires au sein de sites d’accueil improvisés. Selon l’OIM 1.430.000 personnes vivent encore dans les camps de PDI dans la zone métropolitaine. Les récentes violences dans la plaine du Cul de sac et le département de l’Artibonite ont occasionné de nouvelles vagues de déplacement vers des sites plus sécuritaires.

Grace au financement du Fond humanitaire Régional pour l’Amérique Latine et les Caraïbes en Haïti RHP LAC, l’organisation Combite pour la Paix et le Développement-CPD- observe la situation des PDI et supporte les acteurs humanitaires de proximité afin d’améliorer leur service aux personnes affectées dans a zone métropolitaine de Port-au-Prince. Ce rapport mensuel de monitoring vise à présenter l’évolution de la situation des Personnes Déplacées Internes (PDI), les principaux besoins identifiés, ainsi que les recommandations prioritaires basées sur les constats relevés durant les visites de terrain.
Les visites ont été réalisées par les agents de liaison du programme, chargés d’assurer le suivi régulier des conditions de vie et de protection dans les sites. Plus de 10 [1]sites ont été visités durant cette période.
Constats généraux
Les responsables de sites rapportent une dégradation continue de la situation humanitaire. Contrairement au mois précédent, la présence et l’intervention des organisations humanitaires ont nettement diminué, augmentant la vulnérabilité des PDI dans plusieurs domaines essentiels : logement, nourriture, sécurité, santé et éducation.
I. Problèmes de protection
1. Sécurité
Les observateurs ont rapporté 19 incidents sécuritaires à travers les camps visités. Il s’agit principalement des vols et de bagarres entres PDI. L’insécurité reste une préoccupation de premier rang pour les personnes déplacées internes dans les camps. Des cas de kidnapping ont été signalés aux abords de certains à Delmas. Les services de police sont quasiment absents aux abords des camps.
2. Violences basées sur le genre (VBG)
Malgré des informations qui circulent sur les cas d’agressions sexuelles, l’équipe n’en a pas enregistrés pour ce moi de novembre. Malheureusement, les victimes sont encore réticentes à dénoncer leur situation. Seulement 3 cas de violences conjugales ont été signalées dans les camps communication et OPC à Bourdon. Les équipes ont observé une augmentation des activités de prostitution aux abords des camps. Bien que les personnes concernées préfèrent rester dans l’anonymat, il est visible que beaucoup de jeunes femmes se prostituent pour pouvoir se procurer la nourriture et autres nécessaires à leurs subsistances. Cette pratique non contrôlée risque de faire exploser les taux d’infections aux IST.

3. Protection de l’enfance
Les cas de maltraitance d’enfants sont nombreux, cependant il n’est pas facile de les documenter à cause de l’absence d’autorisation des parents. Les enfants en situation de « restavek » sont les plus touchés par ces violences. Au mois de novembre, 3 mois après la rentrée scolaire, 115 enfants ont été comptabilisés dans les camps sans accès à l’école. Il n’y a pas d’espace sure pour les enfants dans les camps ; ils sont mêlés aux adultes, ce qui augmente les risques d’abus. De nombreux enfants pratiquant la mendicité sont à signaler aussi.
4. Santé et maladies infectieuses
Après le passage du cyclone Melissa en octobre, de nombreux cas de maladies de la peau ont été signalés dans les camps. Des cas de diarrhées aigus, touchant particulièrement les enfants étaient indiqués. Pas de cas de choléra pour le mois de novembre
5. Nutrition et sécurité alimentaire
La distribution alimentaire se raréfie. Les gens se plaignent beaucoup de la malnutrition.

6. Eau, hygiène et assainissement (WASH)
Il y a toujours 8 sites qui n’ont pas latrines fonctionnelles et l’accès à l’eau potable reste irrégulier. Le cyclone Melissa a endommagé les abris de fortunes ; beaucoup de gens n’ont même pas de bâches pour s’abriter. Ces conditions favorisent la propagation des maladies hydriques et la perte de dignité, surtout chez les femmes.
- Boites à suggestions
Pour le mois de novembre seulement une dizaine de doléances écrites on tête extraite des boites a suggestion. Elles concernent des situations générales liées aux manquements dans les camps et certaines demandes particulières notamment pour les frais scolaires des enfants. Par manque de réponses satisfaisantes, les PDI soumettent de doléances écrites ; cependant, elles exposent leurs préoccupations et doléances lors des échanges informels. Les besoins de nourritures et l’argent pour les frais scolaires des enfants sont en premier plan.

Réponses existantes et lacunes
Les ONG sur le terrain sont en manque de moyens. Les actions de sensibilisation se poursuivent, cependant les PDI affichent un désintérêt total et réclament plus d’aident substantiel tel que la nourriture, les bâches, les couvertures, etc. CPD a organisé 6 sessions de formation sensibilisation dans 6 camps avec la participation de 104 personnes, particulièrement des jeunes.
II. Situations particulières
1. Site Bérée – Delmas 33
- Le site a été fortement touché par le passage du cyclone Mélissa, entraînant la destruction de plusieurs abris et rendant les conditions de sommeil extrêmement difficiles.
- Manque sévère de nourriture et de produits de première nécessité.
- Accès à l’éducation très limité : plusieurs enfants ne sont pas scolarisés et ceux inscrits l’année dernière n’ont pas reçu leurs résultats.
- Absence de suivi des ONG ayant précédemment appuyé la scolarisation des enfants.
- La majorité des PDI n’ont ni acte de naissance, ni carte d’identité, ni passeport.
Une demande a été formulée pour une intervention administrative urgente auprès des autorités compétentes.

2. Site Pierre Labiterie – Delmas 31
- Montée inquiétante de l’insécurité dans la zone, avec des cas de kidnappings et des tentatives rapportées récemment.
- Les PDI demandent un renforcement de la vigilance policière afin d’éviter l’infiltration d’individus dangereux à l’intérieur du site.
- Le comité de gestion, en particulier la cellule sécurité, sollicite des patrouilles plus régulières et des mesures de protection renforcées.
Conclusion générale
La situation humanitaire des PDI dans les sites visités demeure critique et urgente. La détérioration de la sécurité, combinée au retrait progressif de plusieurs acteurs humanitaires et à l’absence de services essentiels, aggrave la vulnérabilité des populations déplacées.

Recommandations prioritaires
- Renforcer la présence des ONG et institutions étatiques sur les sites afin d’assurer un suivi constant, particulièrement pour les enfants en âge scolaire.
- Augmenter la sécurité en coordination avec la Police Nationale d’Haïti (patrouilles régulières, contrôle des accès, systèmes de vigilance communautaire).
- Distribuer d’urgence des abris et de l’aide alimentaire, incluant kits hygiène et articles ménagers essentiels.
- Mettre en place un dispositif de protection et de référencement pour les jeunes vulnérables, incluant des sessions de sensibilisation et un mécanisme confidentiel de signalement.
- Développer un projet d’appui à l’obtention de documents légaux, en collaboration avec les autorités administratives (ONI, Parquet, MAST, IBESR).
- Réaliser une évaluation multisectorielle complète en décembre pour documenter les besoins prioritaires et planifier des interventions coordonnées.
[1] École communale Pierre Labitrie- Annexe ministère Affaires sociales-École nationale République Equateur-Eglise Berée- Communication2- Site OPC- Ecole Nationale République de Colombie- Site Club international-Cité Bob- Ecole National Jean Mary Cesar
